Et sinon… le boulot ?
Il est très probable que toi aussi, tu aies déjà vécu cette scène. Un dîner entre amis. Rien d’exceptionnel.
Avec mes amis, on essaie de se voir une fois par mois… enfin, en théorie. Parce qu’entre les groupes WhatsApp, les « je peux pas », « gros dossier », « Tom est malade », « on décale ? », il se passe souvent deux ou trois mois.
Et puis ce soir-là, on y arrive. On se retrouve, on mange et on se marre et comme à chaque fois à un moment donné,
LA question tombe :« Et sinon… le boulot ? »
Sébastien commence. Il est cadre dans la banque, il est marié avec camille ils ont deux enfants:
« Franchement, je suis crevé et on est Janvier ! J’ai l’impression de ne jamais vraiment décrocher mais bon je dois tenir encore un peu, après ça ira mieux on est en train de recruter !
Il sourit en disant ça. Mais ses épaules restent hautes, il parle super vite comme si on allant vite il n’avait pas vraiment dit ça. Chloé enchaîne, elle est assistante sociale, elle dit :
« Moi c’est différent… c’est pas la pression comme ça. C’est plutôt… j’en peux plus de porter. Les situations, les gens, l’urgence permanente. »
Elle cherche ses mots, minimise, presque elle s’excuse « J’ai l’impression de ne jamais décrocher. »
Sébastien acquiesce, mais ajoute vite : Oui enfin… toi c’est émotionnel. Moi c’est la responsabilité.
Chloé se raidit un peu.« Peut-être… mais toi au moins, t’as des moyens. »
Ils ne se disputent pas, ils ne sont pas d’accord non plus mais ils parlent chacun depuis leur endroit.
La conversation glisse, on change de sujet comme souvent avec le “Allez ça va aller ! On n’a pas le droit de se plaindre franchement y’a pire que nous !
👉 à partir de quand on a commencé à trouver ça normal ?
La personnalité n’a rien à voir avec le sujet
Ce que vivent Sébastien et Chloé n’a rien à voir avec leur personnalité. Ni avec leur capacité à “gérer”, encore moins avec un manque de respiration ou de lâcher-prise.
La psychologie du travail et l’approche systémique montrent autre chose :
1. Le travail crée des états d’alerte durables
Quand les exigences sont élevées, floues ou contradictoires, le système nerveux reste mobilisé. Pas en crise mais en vigilance permanente.
Le corps ne distingue pas :
une urgence émotionnelle (Chloé),
d’une urgence de performance ou de responsabilité (Sébastien).
Dans les deux cas, l’alerte ne redescend pas.
2. Les rôles absorbent plus que ce qu’ils devraient
Certaines fonctions demandent :
de porter,
de contenir,
d’assurer,
de ne pas faillir.
À force, le rôle prend toute la place.Il ne s’arrête plus à 18h, il colonise la tête, le corps, les relations. Ce n’est pas un problème individuel. C’est un effet de rôle.
3. Le flou est un facteur de fatigue majeur
Quand les priorités changent, quand les critères sont implicites, quand “bien faire” n’est jamais clairement défini… Le cerveau compense en permanence. Il anticipe, il rumine, il suranalyse. Et cette compensation fatigue plus que la charge elle-même.
4. Chacun développe une stratégie de survie différente
Chloé absorbe, Sébastien tient mais la logique est la même :
👉 s’adapter au système, au lieu de questionner ce qu’il produit.
Ce que j’observe (souvent)
Tant que ces mécanismes ne sont pas nommés, ils continuent de s’exprimer… sous forme de tension, d’alerte, de flou. Quand la tension s’installe, on cherche des solutions rapides.On essaye de tenir, de relativiser, de faire avec. On s’ajuste en tant qu’individu alors que c’est souvent le cadre qui déborde.
En remettant du cadre, de la régulation et de la continuité, pour que la pression redescende réellement et que le travail reprenne sa juste place.
Et peut-être que…
La prochaine fois que quelqu’un te demandera Et sinon… le boulot ?
Dis les choses et questionne toi sur le cadre que tu as mis en place aujourd’hui, est tu encore OK avec ? Peux tu le faire bouger ?
Je te laisse méditer sur le cadre 😉
Aurélie

