Pourquoi on déteste le vide ?
Quand rien ne se passe, il faut quand même que quelque chose s’agite
J’ai souvent rêvé de ne rien faire ou tout au moins d’avoir un agenda moins rempli, d’avoir enfin du temps pour moi, pour ne rien faire… Sans jamais y arriver vraiment. J’ai mis longtemps à comprendre que ce vide dont je rêvais tant n’arrivais jamais parce que le vide dérange profondément.
Cette semaine je te partage 4 déclics qui m’ont permis de comprendre pourquoi le vide fait peur !
Déclic 1 : ton cerveau n’aime pas le vide
Le malaise que l’on ressent n’a rien de mystérieux, la psycho cognitive l’a prouvé = notre cerveau est avant tout un organe de prédiction dont le rôle est de réduire l’incertitude. Les travaux de Daniel Kahneman l’ont montré. Dans les situations floues, ce ne sont pas nos raisonnements qui prennent la main, mais nos automatismes.
Quand il n’y a plus de repères clairs, le cerveau ne se pose pas la question : « Qu’est-ce que je ressens ? » Il se demande: « Ok, est-ce que c’est risqué ? ». Par peur on avance toujours automatiquement de la même manière : on comble, on anticipe, on essaye de se “fabriquer un sens” avant tout pour se rassurer.
On le voit très bien dans des situations ultra banales : tu as envoyé un sms important .. mais pendant des heures… aucune réponse …. Ton cerveau va combler ce silence en inventant des scénarios, en anticipant et en plaquant du sens là où il n’y a encore aucune information.
Pas par anxiété excessive, mais parce que le vide d’information est vécu comme un risque.
« J’aurais peut-être dû préciser… »
« Ça veut sûrement dire quelque chose. »
« Je le sentais, ce n’est pas bon signe. »
Déclic 2 : quand l’alerte est là, le cerveau ne sait pas attendre
Quand la pression dure, quand ta fatigue s’accumule, quand tu es tendu.e depuis trop longtemps, ton corps passe en mode alerte. Daniel Siegel l’explique simplement : quand tu es en état d’alerte, ton système nerveux n’a qu’un seul objectif : faire redescendre la tension.
Vide = incertitude ↔ maintien de l’alerte
Alors ton cerveau fait ce qu’il connaît par coeur pour se calmer : s’occuper, se remplir et s’agiter. Pas parce que c’est la meilleure option mais car bouger lui donne l’impression de reprendre la main.
Je suis sûre que cela t’es déjà arrivé d’attendre un appel important et d’être incapable de rester assis·e à attendre ? Et comme 99% des gens tu te mets à ranger, vérifier ton téléphone, relire tes mails,… Juste pour ne pas rester immobile avec cette tension ?
Déclic 3 : le vide est socialement disqualifié
Notre rejet du vide ne vient pas seulement de la biologie ou de notre système nerveux. Il est aussi profondément social. Nous avons appris collectivement ce qui avait de la valeur. Et le vide n’en fait pas partie. Dans nos environnements professionnels et sociaux, les règles sont assez claires, même si elles ne sont jamais écrites :
être occupé, c’est être légitime,
produire, c’est exister,
avancer, c’est aller bien.
Le sociologue Alain Ehrenberg a beaucoup travaillé sur cette norme de performance intériorisée :
“ Nous ne sommes plus seulement jugés sur ce que nous faisons, mais sur notre capacité à être en mouvement permanent, engagés, actifs, visibles. Ne rien faire, ralentir ou même traverser une période sans résultat clair devient vite suspect”.
Vincent de Gaulejac montre comment le travail est devenu un pilier central de l’identité. On n’y cherche plus seulement un salaire mais une preuve de valeur personnelle.
Dans ce cadre-là, le vide pose un vrai problème car il ne prouve ni ne montre rien et il ne rassure personne! C’est aussi pour ça que le vide “se raconte mal”.
Conversation du lundi à la machine à café
Tu as fait quoi ce weekend ?
Heu … Ben rien …
Comment ça rien ? Mais il faisait super beau ! Faut en profiter !
Déclic 4 : l’injonction du sens
(Cela lui de déclic m’a mis une claque ! Parce que je me suis aperçue que moi aussi j’avais tendance à “Injonctionner” (verbe de ma construction perso) les autres 🤷🏻♀️ !)
À force, le sens n’est plus quelque chose qui se découvre il devient quelque chose qu’il faut produire à tout prix ! Il faudrait que chaque épreuve “serve”, que chaque vide soit transformé en leçon de vie !
→ Pourtant on oublie une chose essentielle. ←
Le sens ne se fabrique pas sur commande, il pourra émerger après coup et parfois, il n’émergera pas du tout.
Mais dans nos sociétés actuelles, cette nuance disparaît. TOUT DOIT AVOIR UN SENS !
On le voit très clairement dans des situations de vie comme un divorce. Quand mon mariage a pris fin, les injonctions sont arrivées super vite :
« Qu’est-ce que ça t’a appris ? »
« Au moins, tu sais mieux ce que tu veux maintenant. »
« Ça t’a fait grandir, non ? »
Comme si une séparation devait forcément déboucher sur une version améliorée de soi. Comme si la douleur devait être immédiatement “rentable”, comme si traverser ne suffisait alors qu’on est légèrement en vrac.
Alain Ehrenberg montre comment nous vivons dans une société où chacun est sommé de se réaliser, de tirer du sens de tout, de transformer chaque épreuve en opportunité.
Dans ce cadre-là, le vide devient insupportable. Non pas parce qu’il est douloureux — il l’est déjà. Mais parce qu’il ne produit rien de montrable. Alors on apprend à accélérer le récit. À refermer trop vite et même à plaquer un sens avant même que la cicatrice ne se soit refermée. Le problème n’est pas le divorce ni le vide qu’il crée, mais l’impossibilité collective de laisser une période exister sans la comprendre, sans la valoriser, sans la rentabiliser.
Spoiler ! Ça marche avec toutes les sorties de route : fin de contrat, licenciement, blessures en sport, etc..
Je n’ai pas tiré de recette miracle mais j’aime à penser que désormais je tolère mieux le vide, j’accepte autant d’y arriver que pas trop et j’ai arrêté de chercher du sens à tout tout le temps. Certaines périodes sont là juste pour être une sorte de “sas de régulation entre deux chemins”. Elle ne font pas toujours progresser, elle ne sont pas un échec personnel non plus, elles me sont nécessaires même si nos systèmes de travail et de performance ne savent ni les reconnaître, ni les respecter.
Le lundi j’assume sans problème le “Non je n’ai rien fait ce week-end!” et je laisse du vide .. je ne complète plus jamais avec une excuse/argument 😉
💛
Pause Boost — remettre le travail, le sens et la pression à leur juste place.
AU FAIT J’ai une question


C'est tellement vrai ! Merci Aurélie de nous partager autant de valeur 🙌